Rencontre BORDOLLYWOOD à Bordeaux avec Laurent CANTET, réalisateur et co-scénariste du film ENTRE LES MURS, Palme d'Or 2008 à Cannes.
Ce film, adaptation libre du roman éponyme de François BEGAUDEAU, raconte les aventures et les avatars d’un professeur pendant une année scolaire avec des élèves d’une classe de 4ème dans un collège « difficile » du 20ème arrondissement de Paris.
Laurent CANTET, comment s’est déroulé le casting des jeunes acteurs ?
De
octobre à juin 2006, chaque mercredi après midi, j’ai travaillé avec
les élèves du collège Françoise DOLTO lors d’ateliers ouverts de 3
heures, les plus motivés sont revenus, ils jouent dans le film. Je
n’aime pas le principe des castings classiques, avec des auditions à
la chaîne.
Et pour le rôle du professeur, vous avez choisi François BEGAUDEAU, c’était une évidence ?
En
fait, je lui ai proposé et il a accepté. S’il avait refusé, j’aurais,
de toute façon, choisi quelqu'un comme lui : professeur. Ce rôle est
difficile car il faut savoir « tenir une classe », il sait le faire,
dans ce cas précis, il est plus aisé à un professeur de jouer devant la
caméra son propre rôle, qu’à un acteur de jouer et d’être crédible en
professeur. De plus, étant l’auteur du roman, il savait précisément
influencer le jeu des jeunes acteurs pour obtenir ce que je voulais.
Comment se déroulait une journée de tournage ?
Il y a eu
un gros travail d’écriture en amont, les jeunes n’avaient pas lu le
roman de François, ainsi nous commencions par une longue séance pendant
laquelle je donnais des repères aux uns et aux autres avant de filmer
les scènes.
Nous tournions à 3 caméras, chaque acteur pouvait donc,
potentiellement, être dans le champ n’importe quand, cela permettait
une improvisation dans le jeu et une latitude pour faire vivre le
scénario.
L’idée était de tourner en pensant à l’énergie qu’il
fallait capturer : l’énergie de ce professeur de français, seul, face à
cette classe où la communication interpersonnelle s’assimile à des
joutes verbales ; l’énergie de ces adolescents qui cherchent à négocier
leur place dans la société ; l’énergie qu’un individu déploie contre un
système établi, …
Vous avez reçu la Palme d’Or, comment les membres du Jury ont motivé leur choix ?
J’ai
très peu pu discuter avec eux, ce qui semble les avoir interpellés ce
sont les émotions qui jaillissent de ce portrait et qui n’est pas
spécifique à la France, cette quasi obligation d’assumer les
contradictions d’un système complexe, c’est la violence induites dans
les rapports humains, l’engagement dans la prise de risques et cette
fragilité de chaque instant où l’on peut passer du bonheur à la
déprime, du plaisir au désarrois, d’un moment d’échanges heureux à une
grande tension, …
Si vous ne deviez garder qu’un souvenir sur ce film, quel serait-il ?
C’est
impossible de n’en identifier qu’un seul. Ce qui me reste, c’est le
souvenir d’une aventure forte, d’une équipe soudée dont les liens se
sont encore resserrés à Cannes et puis le plaisir de faire un film tous
ensemble. Être récompensé par la Palme d’Or est un cadeau
extraordinaire, il reste maintenant au public à apprécier notre travail.
